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Daskor

Extrait d’un vieux livre

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

En marge d’un vieux paroissien,
J’ai lu ce sône très ancien :

– Ma fille, avez-vous peine amère,
Peine de cœur, peine d’esprit ?
Votre lèvre plus ne sourit.
– Plus je ne pleurerai, ma mère !

Mère, coupez mes cheveux blonds ;
Ils sont trop lourds, ils sont trop longs.

En vérité, j’ai peine amère,
Peine d’esprit, peine de cœur,
C’est d’avoir cru dans un moqueur…
Coupez mes cheveux blonds, ma mère.

Coupez mes longs cheveux dorés,
Puis, d’un ruban vous les nouerez.

Nouez-les d’un ruban de moire
A ma quenouille de roseau ;
Et filez-en tout un fuseau
Pour les âmes du purgatoire.

Mais les plus soyeux, les plus doux,
Ne les donnez qu’à Jean le Roux.

Il en est d’aussi clairs que l’ambre ;
Vous les irez porter, le soir,
Le soir des morts dans le mois noir,
A Jean le Roux, de Plouzélambre.

Et, s’il s’étonne, dites-lui
Que c’est du lin exprès roui.

Du lin exprès filé, pour être
Le signet du livre latin
Qu’il relira soir et matin,
Quand il sera devenu prêtre :

Ainsi, plus tard, mes cheveux d’or
En ses doigts frémiront encor.

Ce sera comme une caresse
Qui jusqu’à ma tombe viendra
Mon âme se rappellera
Le temps où je fus sa maîtresse.

La fille est morte, ce disant.
Aimez qui vous aime, passant !

Si quelqu’un feuillette ce livre,
Que celui-là plaigne en son cœur,
Non la morte, mais le moqueur
Qui tant pleura de lui survivre.

Il n’est pire mal à souffrir
Qu’aimer l’amour qu’on vit mourir.