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Daskor

Évocations

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

    En souvenir du Port-Blanc

Penché sur tes yeux gris à la clarté changeante,
Je vois un pays grave, un pensif horizon,
Des quais, au bord de l’eau qu’un clair de lune argenté,
Et, dans un bourg antique, une jeune maison.

La jeune maison blanche, aux fenêtres ouvertes,
Tournait le dos au monde et regardait la mer.
Des barques s’endormaient sous leurs voiles inertes,
Et les vents fatigués s’assoupissaient dans l’air.

Tes yeux évocateurs ont des clartés subtiles,
Les roses du matin ont refleuri les deux,
Comme aux jours du Port-Blanc, le groupe des Sept- Iles
S’est mis à défiler dans le fond de tes yeux.

Elles nageaient ainsi, les îles enchantées,
Dans une lueur blonde au-dessus des flots pers,
Et, le soir, descendaient, par l’abîme tentées,
L’escalier d’or qui mène à l’au-delà des mers

Dans tes yeux assombris, je vois une nuit douce.
L’ajonc mouillé l’embaume, et le goémon roux…
Une fontaine en pleurs sanglote dans la mousse ;
Entendre sangloter les fontaines est doux.

C’était un chemin creux ombragé de grands frênes.
C’était le pays noir, les landes, les hauteurs ;
Dans le silence ému des larges nuits sereines,
Se répondaient au loin les appels des pasteurs.

J’assiste dans tes yeux au lever des étoiles ;
D’un mystérieux pas on les entend marcher ;
C’est un bruit souple et lent de robes et de voiles…
Peut-être, au bord du ciel, un dieu va se pencher !

Nos lèvres savouraient la paix de la nature,
Cet arôme infini des grèves et des champs
Que verse la Bretagne à toute créature,
Dans la patène d’or des grands soleils couchants.