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Daskor

À la sortie de l’école

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

    En souvenir des soirs du Pichéry

C’est l’heure où les enfants s’épandent par la rue,
Troublant de jeunes cris la paix grave du soir ;
Et le peuple des morts, la race disparue
Du haut du ciel breton se penche pour les voir.

Car les Celtes défunts revivent dans l’espace ;
Dieu pour eux, chaque soir, rouvre l’azur clément,
Et, par les bleus sentiers, leur procession passe,
Leur procession passe interminablement :

Ceux qui furent marins tendent comme des voiles
Les nuages errants qui se gonflent dans l’air,
Et vont, comme autrefois, allumer des étoiles
Devant la Vierge douce, étoile de la mer.

D’autres, jadis pasteurs, paissent les nébuleuses,
Tandis qu’à leur rouet, plaintif et somnolent,
Des saintes d’aujourd’hui qui furent des fileuses
Filent du clair de lune en fuseaux de lin blanc.

Des clercs adolescents, voués à la soutane,
Feignent de méditer sur des livres ouverts ;
Mais le cœur saigne encor de quelque amour profane,
Et la lèvre s’oublie à fredonner des vers.

Ainsi vont cheminant au pays de mystère,
Dans les brumes du soir, les Celtes d’autrefois ;
Et les petits Bretons qui cheminent sur terre
S’étonnent de s’entendre appeler par des voix.

Quelqu’un leur a-t-il dit qu’il fallait être sages…
Leurs sabots dans les mains, une tristesse aux yeux,
Ils traversent, muets, la paix des paysages,
Et ce sont des enfants qui semblent des aïeux.