Cimetières intimes

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Calmann-Lévy, 1901
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Sébastien Marineau
En hevelep levr :

    À M. Pierre Loti

J’entends des portes se fermer,
Lugubres, sur des gens qui sortent…
Ils se sont lassés de m’aimer ;
Les vents passent et les emportent.

Voici que je vais rester seul !
Je serai comme un cimetière
Où, de-ci, de-là, sur la pierre,
Claquera le pan d’un linceul.

Sur les têtes inanimées
De mes mortes et de mes morts
Pleureront en vain mes remords
De les avoir trop mal aimées.

Plus tard, hélas ! Désert, vieilli,
Abandonné de mes morts mêmes,
Je n’aurai pour amis suprêmes
Que les maigres lichens d’oubli.

Je vis pourtant, et ma tristesse,
Quand je me suis couché le soir,
Prie au chevet de mon lit noir
Comme une pâle et grave hôtesse.