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Daskor

le Chapelet d’angoisse

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Quand vient la Passion, de paroisse en paroisse,
Des vieilles vont, disant le « chapelet d’angoisse » ;
Et l’on entend leurs voix qui clament sur le seuil :
« Jésus est mort, pleurez ! C’est la nuit du grand deuil ! »
Et les galants, assis dans l’ombre, près des filles,
S’arrêtent d’aiguiser le tranchant des faucilles,
Ne s’inquiètent plus si les trèfles sont mûrs.
Et restent sans parler, les yeux fixés aux murs.
Les Menez noirs, au loin, dans leurs formes sévères,
Semblent des golgothas hérissés de calvaires.

Le chapelet s’égrène et, dizain par dizain,
A travers le pays sonne comme un tocsin.
Il fait fondre les cœurs en fontaines de larmes,
Et voici ce qu’il va tintant, ce « glas d’alarmes ».

    ****

C’est la saison nouvelle, et c’est le printemps bleu,
C’est le printemps humain né de la mort d’un Dieu !

     Nous venons dire qu’il est l’heure,
     L’heure où tout chrétien prie et pleure !

« Au mont des Oliviers un calice descend,
Et le calice est plein d’une liqueur de sang

     Et jusqu’à la dernière goutte,
     Jésus a dû la boire toute !

« Voici, par les sentiers, que montent les soldats
Et que vient, derrière eux, le baiser de Judas.

     Et, dans ce baiser de l’infâme,
     Jésus épand toute son âme.

« Sur le triste Menez, comme un pauvre animal,
Jésus grimpe, roué de coups qui lui font mal.

     Jésus, humble bête de somme.
     Porte à Dieu les péchés de l’homme.

« Et son faix est si lourd qu’il tombe par trois fois,
Et c’est depuis ce temps qu’il saigne sur les croix.

     La Vierge dit : « C’est joie amère,
     Bretonnes, que d’être mère ! »…