la Chanson des vieux lits

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

Lits bretons, frères des armoires,
Lits de Trégor, lits de Kerné,
Où, dans les encognures noires,
Pend un bouquet de buis fané,

C’est ici votre chanson vieille,
La berceuse qu’au long des nuits
M’a si souvent dite à l’oreille
L’âme des vieux bouquets de buis.

Elle disait : Je t’ai vu naître,
J’ai vu tes yeux d’enfant s’ouvrir ;
Je sais aussi quel fut l’ancêtre
Que tu sens en toi refleurir.

C’était un pécheur, un barbare,
Un cœur de cire, un corps de fer.
Le vent s’asseyait à la barre ;
L’homme causait avec la mer.

Et de la mer, de la mer douce,
Son pauvre cœur s’éprit si fort
Qu’un soir de pêche on vit le mousse
Sans le patron rentrer au port…

C’est ici votre chanson vieille,
Lits de Trégor, lits de Kerné,
La berceuse, qu’à mon oreille
Chante l’âme du buis fané.