Chanson du rocher qui marche

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

Or, c’était par un soir où montaient les étoiles ;
Et, sur le ciel mourant, l’aile brune des voiles
S’éployait, et la mer chantait, et sur les eaux
Les barques ondulaient ainsi que des berceaux.

La mer chantait son chant, et les choses muettes
Écoutaient ; on voyait leurs ombres se pencher…
Dans l’espace attentif planait un vol de mouettes ;
Et, sur les flots, marchait en extase un rocher.

Dans ses yeux sans regard, ses larges yeux de pierre,
Luisait, en flaque d’ombre, un pleur mystérieux,
Et les cils des varechs pendus à sa paupière
Égouttaient dans la mer les larmes de ses yeux.

Les vagues, tour à tour, sirènes aux longs charmes,
Frôlaient son dos de monstre avec des baisers lourds ;
Et souriait la mer, la buveuse de larmes,
La trompeuse éternelle en qui l’on croit toujours !

Et les voiles, au ras des eaux, diminuées,
Fuyaient. L’air agrandi s’ouvrait infiniment,
Et la procession des pudiques nuées
S’agenouillait, sereine, au fond du firmament.

Une d’elles, pareille à la blanche statue
D’une Vierge, priait mains jointes, à l’écart ;
Et c’était sa candeur, de lumière vêtue.
Que l’aveugle rocher saluait du regard.