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Daskor

la Chanson de ma nourrice

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

     Il me souvient d’une ballade
     Que ma nourrice à faible voix
     Me chantait, quand j’étais malade,
          Autrefois.

     C’étaient deux marins du même âge
     Qui s’étaient connus tout petits,
Et qui s’aimaient. Un soir, tous deux étaient partis
     Pour on ne sait plus quel voyage.
     Ils étaient partis, tous les deux,
Tous deux braves marins, tous deux bons capitaines,
Pour on ne sait plus trop quelles plages lointaines,
Et, depuis, on n’a pas entendu parler d’eux.

     Nourrice, j’en ai bien vu d’autres
     Qui s’aimaient et qui sont partis,
     S’étant connus, comme les vôtres,
          Tout petits.

     On chuchotait, mais sans y croire,
     Sur le quai, la nuit du départ,
Qu’ils avaient entrepris d’aborder quelque part
     Dans un pays nommé la Gloire.
     Par exemple, on disait encor
Qu’un long pavillon vert flottait à leur grand’hune,
Et qu’on pouvait du port y lire au clair de lune
Le nom de l’Espérance écrit en lettres d’or.

     Ce pavillon vert qu’on arbore
     Au départ, et qui claque au vent,
     N’est, hélas ! qu’un haillon sonore,
          Trop souvent.

     Combien ont fait le tour du monde.
     Qui sains et saufs sont revenus !
Mais ces deux-là sont morts, sous des cieux inconnus.
     Dans l’oubli de la mer profonde.
     Ils sont morts, ils sont morts tous deux,
Tous deux braves amis, tous deux bons capitaines,
Sans avoir abordé dans les plages lointaines,
Et les poissons d’argent n’ont rien épargné d’eux.

     Oh ! La triste, triste ballade
     Que ma nourrice à faible voix
     Me chantait, quand j’étais malade,
          Autrefois !