le Vieux chouan

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

               Dent pour dent, œil pour œil.

Pendant le jour, je reste au fond de mon terrier.
Pour charmer mon ennui, je m’occupe à prier
               Jésus et Madame Marie.
Jusqu’au soir je me cache ainsi, comme un hibou ;
Les Bleus ne peuvent pas me traquer dans mon trou
               Perdu sous la lande fleurie.

Mais lorsque tout s’efface et s’endort dans la nuit,
Au bord du souterrain je m’avance sans bruit
               Et j’ouvre une oreille attentive.
Le renard des taillis qui sent venir la faim
N’avance pas dehors son museau long et fin
               D’une manière plus furtive.

J’entr’ouvre les buissons et j’écoute avec soin :
Bientôt un craquement léger, de loin en loin
               S’élève des noires broussailles.
Mille chouans sont là, sous terre, comme moi,
S’apprêtant à venger l’Armorique et la foi
               Par de sanglantes représailles.

Les Bleus ont attaqué ce que nous respectons ;
Ils ont voulu chasser nos vieux prêtres bretons
               Nous sommes armés pour nos prêtres.
Les Bleus ont commencé ; le pire en est pour eux.
Lorsque nous ripostons par des coups vigoureux
               Nous ne les prenons pas en traîtres.

Les Bleus nous ont promis d’abattre nos clochers.
Mais lorsque nos halliers et nos creux de rochers
               Nous déroberont sous leurs voiles,
Si le tocsin vengeur ne sonne plus là-bas,
Pour nous donner encor le signal des combats,
               Nous aurons toujours les étoiles.