Tristesse douce

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

          Quare tristis es anima mea ? 
                    Psaumes

Près de l’âtre enflammé qu’il est bon de s’asseoir,
Quand octobre revient avec le pâle automne,
Quand le grillon frileux, d’une voix monotone,
Chante sous le bois mort son cantique du soir.
Qu’il est bon, au retour des premières veillées
D’entendre, près de soi, pétiller un feu clair,
Et dehors, à travers les branches dépouillées,
          Passer le grand vent de la mer !

D’autres me vanteront le printemps et ses roses,
Mais l’automne, pour moi, prend de plus douces voix ;
Un sentier recouvert de feuilles, dans les bois,
Me plaît mieux qu’un chemin de fleurs à peine écloses.

N’aimons-nous pas nos morts ? L’automne est leur saison.
Quand nos foyers déserts ont rallumé leurs flammes,
Ne comptons-nous jamais combien notre maison
          A vu s’enfuir de pauvres âmes?

Morts bien-aimés auxquels nous parlons à genoux,
Quand la cloche, prenant une voix gémissante,
Sonnait en votre honneur dans ma Bretagne absente,
J*étais bien loin, hélas ! mais je pensais à vous.
Je m’unissais de cœur aux foules inclinées,
Que la prière appelle aux jardins du trépas ;
Je disais : Cette fois on ne changera pas
Les fleurs de leurs tombeaux depuis longtemps fanées.

Oh ! l’automne m’est doux ! car il me fait songer
A ceux qui sont partis pour la céleste rive.
Le premier vent du nord fait renaître et ravive
Tous les chers souvenirs où j’aime à me plonger.

Quelque tristes qu’ils soient je leur trouve des charmes.
Dieu créa l’homme ainsi : dans le fond de son cœur
L’espoir, qui jusqu’au bout, garde un pouvoir vainqueur
Mêle un plaisir étrange au tourment de ses larmes.

Près de l’âtre enflammé qu’il est bon de s’asseoir.
Quand octobre revient avec le pâle automne,
Quand le grillon frileux, d’une voix monotone,
Chante sous le bois mort son cantique du soir.
Qu’il est bon, au retour des premières veillées,
D’entendre près de soi pétiller un feu clair,
Et dehors, à travers les branches dépouillées,
          Passer le grand vent de la mer !