Soleil couchant

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

ÉCRIT UN SOIR, AUPRÈS DE PARIS

L’artiste au cœur épris se réjouit d’entendre
               Un chant plaintif et tendre.
La voix de ce qu’il aime a pour lui des accents,
Qui pénètrent son âme et font frémir ses sens.
Tourment délicieux qu’il ne saurait décrire,
Dans ses yeux, malgré lui, les pleurs et le sourire
               Se suivent tour à tour,
Quand une vierge en fleur, volupté sans pareille,
               Murmure à son oreille, 
               Une chanson d’amour.

Je ne vous entends plus, enfant de ma patrie,
               Et votre voix chérie
Ne vibre plus pour moi que par le souvenir.
Je n’ai plus qu’un bonheur ; c’est, le soir, de venir,
A l’heure calme et pure où le soleil décline
Sous les pins odorants de la verte colline.
               Les brises de l’été
Passent dans les rameaux et portent à mes rêves,
               Comme un écho des grèves
               Où mon cœur est resté.

J’ai fui la grande ville et ses acres fumées ;
Les plaines, au couchant, scintillent allumées
Sous les feux du soleil. Tant qu’il fait jour encor,
Oh ! je veux regarder, triste, sur la montagne,
Ce long chemin qui mène aux plages de Bretagne,
Où l’écume d’argent frange des sables d’or !