Soir d’automne en Kerne

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

L’air était froid, le ciel uniformément gris.

Entre de grands rochers des ajoncs rabougris
Entr’ouvaient à demi leurs corolles chétives ;
La brise traversait avec des voix plaintives
La bruyère stérile et les genêts sans fleurs ;
L’automne avait flétri de lugubres couleurs
Tout ce qui végétait sur ce morne rivage.
C’était la Cornouaille attristante et sauvage
Mais sublime, pourtant, dans son aridité.

C’était un paysage affreux de nudité,
Mais dont l’horreur parlait éloquemment à l’âme.
Rien n’égayait les champs désolés ; nulle flamme
Ne brillait, allumée au bord des sillons creux.
Nul astre n’éclairait l’horizon ténébreux ;
Nulle vague fumée, en colonne bleuâtre
Annonçant que le feu pétille au fond de l’âtre,
Ne s’élevait des toits de chaume, dans les airs ;

Et j’écoutais, pensif, au pied des monts déserts,
Gémir le vent de l’ouest et pleurer les fontaines
Et les pâtres sonner dans leurs conques lointaines
L’heure tardive et sombre où rentrent aux manoirs
Les bondissants troupeaux de petits moutons noirs.