Sehnsucht allemande

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
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Sébastien Marineau
En hevelep levr :

ÉCRIT AU BORD DE LA MER

Je m’en souviens encore, ô pâle bien-aimée ;
Ce soir-là l’Océan était terrible à voir,
Mais une étoile d’or, au zénith allumée,
Une petite étoile égayait le ciel noir.

Timide, elle donnait, sous les nuages mornes,
Des rayons à la nuit, de la joie à l’horreur,
Et mon regard errait dans l’espace sans bornes,
Du feu paisible et doux aux vagues en fureur.

Et cette mer était l’image de mon âme,
Qu’un combat éternel met sans cesse en émoi ;
Quand luira le flambeau ? Quand verrai-je une flamme,
Percer l’obscurité qui règne autour de moi ?

Et tout bas, pour charmer ma sombre rêverie,
L’amour, ange du soir, vint me parler de vous ;
Et mon regard errait toujours, blonde chérie,
Des vagues en fureur au feu paisible et doux !

(1) La Sehnsucht allemande flotte entre le ciel et la terre, irrésolue, indécise, sans projet ni but arrêté.
(Note des Œuvres de Goethe, édition Charpentier, p. 29.)