Salut à la mer

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Quand le mal du pays nous tient sous sa puissance,
Que le retour est doux après la longue absence !
Que la patrie est douce après l’exil amer !
Voici la lande inculte et des senteurs marines
Entrent avec la brise au fond de nos poitrines ;
Amis, voici l’Arvor, amis, voici la mer !

Ecoutez ; on entend déjà gronder l’abîme ;
Comme l’oiseau hardi, gagnons la haute cime
Des rochers de granit. Mon regard confondu
A soif d’immensité. Je veux voir, sous la brume,
L’orageux Océan jeter sa blanche écume
A l’immobile écueil dans l’espace perdu !

Enfin je te retrouve, ô mer majestueuse !
Enfant, j’avais compris ta voix tumultueuse,
Et ne me lassais pas de ses bruits éternels.
grande mer ! j’éprouve encor la même ivresse ;
Comme un amant ravi des chants de sa maîtresse,
J’écoute avec amour tes hymnes solennels.

Quand le ciel ténébreux prépare une tempête,
Ma joie est d’être seul, près de toi, sur la crête
D’un cap stérile et nu que l’homme a déserté.
Mon âme, si souvent en proie aux sombres rêves,
Trouve un plaisir affreux dans le fracas des grèves,
Et dans l’horreur du gouffre une âpre volupté.

Elle aime le frisson subit. Elle est avide
De cet étrange effroi que fait naître le vide,
Du haut d’un roc sonore assiégé par les vents.
Elle aime à savourer l’indicible malaise,
Que donne le vertige au bord de la falaise,
D’où l’œil épouvanté sonde tes flots mouvants.