la Procession

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Le soleil resplendit sur la moisson dorée ;
L’air est pur, et là-bas la cloche vénérée
Aux quatre vents du ciel murmure : Assomption !
Allons ensemble, allons voir la procession.

Je ne serai plus là pour les fêtes prochaines,
C’est la dernière fois ; allons, sous les grands chênes,
Voir les petits enfants, le front couvert de fleurs,
Porter des étendards de toutes les couleurs ;
Et les vierges d’Arvor, troupeau chaste et fidèle,
Suivre, les yeux baissés, la Vierge, leur modèle ;
Et passer, dans les rangs des rudes matelots,
Saint Pierre, qui marchait autrefois sur les flots ;
Et l’aïeule du Christ, reine de nos patronnes,
Sainte Anne, s’avancer au milieu des matrones.

Fêtes de mon pays, vous reverrai-je encor ?
Laboureurs léonards, pêcheurs du vieux Kerhor,
Femmes, prêtres, enfants, jeunes filles voilées,
Fleurs, cierges, croix d’argent, bannières étoilées,
Vous reverrai-je encor ? comme aux jours d’autrefois,
Pourrai-je désormais unir encor ma voix,
Aux cantiques bretons, aux saintes litanies ?

Hélas ! l’exil m’enchaîne. Adieu, foules bénies,
Qui suivez en chantant, naïves, dans les bourgs,
Deux clairons enroués et deux mauvais tambours.