les Pierres de Carnac

Genre
Poetry
Language
French
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

LÉGENDE DU PAYS DE VANNES

          Qui a planté ces blocs informes et sans inscriptions ? 
                              Eugène Loudun

Savez-vous quel est le grand souvenir
Que garde Camac sous mille menhir ?

Savez-vous pourquoi, parmi ses bruyères,
La vieille paroisse a toutes ces pierres ?

Les savants, qui font des rêves si beaux,
Ont dit que c’étaient d’antiques tombeaux ;

Ou quelques débris, demeurés informes,
D’un temple gaulois aux masses énormes ;

Ou que chaque bloc tenait lieu d’autel,
Pour le culte impur des prêtres de Bel.

Chimère ! Folie ! Erreur historique !
Écoutez plutôt les vieux d’Armorique :

Le bon saint Corneille, un jour, avait fui
De cruels tyrans ligués contre lui.

Trois mille soldats, des païens sans doute,
En haine du Christ lui coupaient la route.

« Si tu ne viens pas, Christ, à mon secours,
« Je suis, dit le saint, perdu sans recours ;

« De tous les côtés ma route est fermée ;
« Ici par la mer, là par une armée.

« Je suis, dit le saint, perdu sans recours,
« Si tu ne viens pas, Christ, à mon secours ! »

Le Christ entendit sa courte prière ;
L’armée aussitôt fut changée en pierre.

Depuis, immobile, elle attend toujours,
Le réveil des morts au dernier des jours.