Le Mang

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Dieu l’avait façonné pour les rudes batailles.
Son cœur était de bronze et son bras était fort,
Son large front avait de profondes entailles ;
Il adorait le Christ et méprisait la mort.

La devise de Welf : « Ma peur se nomme aucune »,
Convenait à merveille au loup de mer breton ;
Il gardait aux Saxons (1) une vieille rancune,
Quand le bal commençait, il leur donnait le ton.

Il travaillait à bord de cette Surveillante,
Qui mit Jeannot l’Anglais en complet désarroi (2) ;
Alors on décora sa poitrine vaillante
D’une médaille d’or offerte par le roi.

Puis les vautours ayant exterminé les cygnes,
Le sceptre étant brisé, le trône démoli,
Il fallut renoncer à porter des insignes
Qui rappelaient encor le régime aboli.

Le Mang fut appelé devant la truandaille,
Qui rendait la justice à grands coups de couteau ;
Il comparut tenant d’une main sa médaille,
Et brandissant de l’autre un énorme marteau.

« Citoyens, leur dit- il, en broyant l’effigie,
« C’est l’or que vous voulez, sans doute. Le voilà !
« Mais l’honneur imprenable au cœur se réfugie,
« Venez, si vous l’osez, le déloger de là ! »

— NOTES —

(1) Nom que les Bretons donnent aux Anglais.
(2) Voyez, dans le Barzhaz-Breiz, la chanson du Pilote.