les Fleurs virginales

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

          Eürus eo an dud yaouank-se 
          Hag a varv en amzer-nevez ! 
          Heureuses les jeunes personnes 
          Qui meurent au printemps ! 
                              Barzhaz-Breizh

Vous ignorez nos cœurs et leur sainte tendresse,
Vous qui riez toujours, vous qui raillez sans cesse
La naïve Bretagne et les naïfs Bretons ;
Près de vous, nos pieux et paisibles cantons
Passent pour des pays stupides et sauvages ;
L’amour que nous avons pour nos mornes rivages
Souvent provoque en vous un sourire moqueur ;
Je ne vous en veux pas ; vous n’avez pas au cœur
Ce sentiment natif, si puissant et si tendre
Que nous avons en nous ; vous ne pouvez entendre
Ce que nous entendons ; l’oiseau tient à son nid
Moins que nous à ce sol où germe le granit.
L’Arvor a pour nous seuls ces mystérieux charmes
D’où naissent à la fois le sourire et les larmes,
Raillez et méprisez ce que nous respectons,
Je ne vous en veux pas, vous n’êtes pas Bretons.

Notre religion, nos chants, nos vieux usages
Avec notre patrie ont traversé les âges :
Ils sont tels aujourd’hui qu’ils étaient autrefois,
Des bardes ont chanté parmi nous, et nos voix
Sont maintenant l’écho de leurs hymnes antiques ;
Nos vierges aux fronts bruns ont de pieux cantiques,
Où revivent encor les saints des premiers jours.
Comme un trésor chéri nous conservons toujours
Tous nos vieux souvenirs des époques passées,
Richesses du pays lentement amassées.
Chez nous le faux progrès a fait de vains efforts ;
La Bretagne et ses fils ont résisté : Cœurs forts
Où la foi ne meurt pas ; terre heureuse et choisie
Où demeura toujours la sainte poésie !

Mon pauvre cœur n’a plus ce qu’il a tant aimé :
Marguerite la blonde est morte au mois de mai.
Heureuses mille fois les chastes jeunes filles
Qui meurent quand l’oiseau chante dans les charmilles.
Tristes et recueillis, les yeux baignés de pleurs.
Nous cachons leur lit blanc sous des gerbes de fleurs.
Je m’en souviens toujours, Marguerite, ma mie :
On aurait cru vous voir doucement endormie ;
Les brises du printemps mêlaient vos cheveux d’or
Sur la couche funèbre où je vous vois encor.
Dans votre frais linceul de lilas et de roses,
Votre beau front, parmi les corolles mi-closes,
Tranchait sur leur éclat par sa douce pâleur.

Quand la vierge s’endort, brisez la tendre fleur ;
Heureuses mille fois les chastes jeunes filles
Qui meurent quand l’oiseau chante dans les charmilles !