le Charivari

Genre
Poetry
Language
French
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

Mesdames, venez voir, au fond de nos villages,
Comment nous punissons les veuves trop volages.

Si vous ne savez pas maîtriser votre cœur,
Si quelque amour nouveau s’y faufile en vainqueur,
Si lorsqu’après avoir dans la tombe secrète
Mis un premier mari, votre ardeur indiscrète
Vous pousse un peu trop fort vers un second époux
Fuyez les bas Bretons dont l’esprit est jaloux.
Fuyez notre Bretagne, et méfiez-vous d’elle,
On n’y pardonne pas à la veuve infidèle.

Catel de Sainte-Barbe a, sans faire de bruit,
Convolé l’an passé. Dès la première nuit,
Quand la lune d’Arvor au ciel montra ses cornes,
Les Bretons bretonnants vinrent avec des cornes,
Des trompes, des bassins, des cloches, des chaudrons.
Ils vinrent plus de cent de tous les environs,
Et, malgré les seaux d’eau jetés par la fenêtre,
Catel n’en vit pas un, pas un seul disparaître ;

Ils se rangèrent tous sur le bord du chemin,
Et tinrent leur concert jusques au lendemain.
Elle eut beau se pâmer, et crier, et se plaindre,
Pendant toute la nuit elle dut se contraindre
A se laisser briser par les vengeurs du mort,
L’oreille de vacarme et le cœur de remord.

Mesdames, venez voir, au fond de nos villages.
Comment nous punissons les veuves trop volages.